Démocratie directe
Dans les cafés, on entend des choses fabuleuses. Il y en a qui se plaignent parce que la Suisse est trop lente, parce que rien ne bouge, à cause des monticules d'opposition face à chaque projet. Et puis il y a les autres qui rétorquent qu'une démocratie directe, c'est ça. On peut même entendre des maximes intéressantes : "Le problème de la démocratie, c'est que lorsqu'il y a une majorité de cons, ben ce sont les cons qui ont le pouvoir!"
Outre le fait que le démocratie est effectivement la tyrannie de la masse et de l'opinion (dont on connaît la versatilité, l'inconstance et les dramatiques conséquences), une question se pose, et il ne s'agit pas ici de débattre sur ce que peut bien être un "con" (n'est-il pas vrai que nous sommes tous, à un moment ou à un autre, le con de quelqu'un d'autre?). Je me demande donc, si le citoyen suisse est vraiment préparé à affronter sa citoyenneté. Certes, il a une vague idée de ce que signifie un vote, un référendum, un parlement, un conseiller fédéral, un ministère, une élection au suffrage universel, mais, a-t-il jamais eu l'occasion de suivre des cours de politique? Par exemple à l'école - il se peut que cela change d'un canton à un autre. Y a-t-il des cours de politique dans les classes suisses? Qui se contenteraient d'expliquer le fonctionnement d'une démocratie semi-directe. Qui expliqueraient, par exemple, qu'une vote N'EST PAS un moyen de communication? Et quels sont les enjeux d'une votation? Comment dénouer, avant une votation, ce qui est de l'ordre de l'émotionnel et ce qui est de l'ordre du rationnel, comment un vote ne doit pas se faire sur la base d'un sentiment, d'une intuition personnelle, mais sur la base d'une réflexion pragmatique et froide sur les besoins du pays. Comment dépasser cela.
Sommes-nous encore bons juges, lors d'un vote? Ou l'avons-nous jamais été? La masse a-t-elle toujours eu raison, la majorité? On dira Vox populi, vox dei. J'en doute. Il me semble que dans bien des cas, la vox dei a abandonné le peuple à sa votation, le laissant assumer tout seul son devoir et ses responsabilités de citoyen. Mais, s'agissant d'une votation dont les conséquences sont internationales, sur une planète de plus en plus mondialisée et où l'information n'a de cesse de parcourir la planète dans tous les sens, froissant au passage les orgueils, les consciences, bousculant les repères, notre vote peut-il encore être fait en connaissance de cause? Entouré de mon petit monde à moi, suis-je encore à même de réellement comprendre la géo-polotique sous-jacente dans la question posée par mon bulletin? Finalement, ne serait-ce pas de l'humilité que de m'abstenir de voter? OU de comprendre que le sujet ne peut se réduire à une affiche plus ou moins criarde, plus ou moins vue, plus ou moins mensongère, que le débat ne se situe peut-être pas là où on a voulu me faire croire qu'il était...
mercredi 6 janvier 2010
mardi 1 décembre 2009
Hors série
Les Nouvelles Genevoises ne font pas de politique,
L'Insoumis, théoriquement, non plus. Sauf que...
Sauf que la Suisse vient, par un vote honteux, de bafouer les droits élémentaires de tout individu vivant sur son sol. La tyrannie de l'opinion, vote des tripes, expression de la peur de l'Islam, droit des femmes, etc. On entend de tout.
Rien, cependant, ne peut excuser ce vote de la confusion. Un vote de manipulation, dont la campagne a été rondement menée par des partis populistes qui jouent sur les peurs et l'ignorance d'un peuple égratigné par la pression internationale sur ce qui a fait sa richesse fragile, le secret bancaire, et par une crise financière qui nous touche à ce que nous avons de plus cher, notre porte-monnaie. C'est inacceptable.
Et qu'on ne s'y trompe pas, ce oui est un Non, un non dirigé contre une minorité, et aucune mauvaise foi ne pourra contredire cela. Cette manigance, cette inversion des termes ne devait pas nous induire en erreur. En votant oui, on a dit non, on a refusé la Suisse de demain, privilégiant celle d'hier. Merci papys!
Premièrement, à tous ceux qui ont voté oui à cette initiative pour des raisons architecturales : grossière erreur. Et incroyable mécompréhension des véritables enjeux de la question, et des véritables conséquences. En effet, la Suisse dispose de suffisamment de moyen d'opposition pour qu'on ne se sente pas obligé d'inscrire dans une constitution laïque l'interdiction de construire un symbole religieux (notez le paradoxe). Sauf que faire opposition à un projet donné, c'est plus difficile et surtout, moins anonyme qu'une urne remplie par correspondance. Confusion.
Ensuite, les femmes qui ont voté contre la Burka. Il est impressionnant que personne ne se soit rendu compte qu'aucune femme musulmane ne porte de Minaret sur la tronche. On assiste bien à deux débats différents (fallait-il réellement l'expliquer, ça?). Et puis, on se permettra de rappeler que l'égalité n'est pas encore atteinte entre les hommes et les femmes, dans nos pays civilisés. Re-confusion.
Nous sommes sur une terre chrétienne. Ben tiens. Elle a bon dos, la terre chrétienne. Trois pelés, deux tondus à l'église le dimanche, des révolutions sexuelles, plus de confessionnal et on tente de s'émanciper de ce foutu péché originel qui nous coûte une fortune en psychanalyse. Et puis la terre est peut-être chrétienne, mais l'Etat est laïque, et Dieu Merci ! Re-re-confusion.
La peur du musulman. Bon. Pourquoi pas. Il est nouveau dans le coin. Il a une barbe, on le connaît pas bien. Bon. Mais, est-ce utile de rappeler qu'un vote n'est pas un mode de communication? On n'exprime rien avec un vote. On décide, on condamne ou on affirme. C'est définitif et les conséquences sont lourdes. Ceux qui voulaient exprimer quelque chose à un musulman auraient pu s'y prendre d'une autre manière. Confusion encore, et lâcheté, parce que l'anonymat du bulletin de vote, c'est tout de même plus confortable.
Mais finalement, et on passera sur l'amalgame honteux fait entre musulman et extrémiste, je me demande si ce qui fait peur aux Suisses, ce n'est pas cette foi qui débarque. Oui, une foi. Et nous, on a perdu la nôtre depuis longtemps. Nous on meurt à cause de notre monde - quel taux de suicide dans ce beau pays! - chez eux, il y en a qui meurent pour leur monde. On voit ça comme on veut, mais le fait que la Suisse ait besoin de se dire soudainement chrétienne est bien la preuve que rien n'est plus fort qu'une religion qu'une autre religion. Ce dont on a peur, c'est de ce mode de vie, de cette rigueur toute musulmane, c'est de cette croyance qui nous a échappé depuis un moment. Depuis que nous nous sommes enfermés dans un confort qu'on refuse depuis de quitter.
Et certains de se vanter d'avoir voté contre les musulmans (et cessez de prétendre que ce n'est pas contre eux, cette tentative de sauver les meubles face aux droits de l'homme qui sont bel et bien bafoués est lamentable). Comme si la Suisse en avait marre d'être politiquement correcte, d'être accueillante. Jetzt Fertig! Suffit ! De tous ces vilains étrangers qui viennent nous voler notre pain ! Nos enfants ! Nos retraites! Nos emplois ! La Suisse est bouffée par la peur. Et elle a raison. Mais ce ne sont pas les musulmans, le danger. C'est elle-même. Qui se retranche, qui se bloque, qui se ferme. Toujours plus isolée, toujours plus seule, toujours plus égoïste. Oh, ce n'est pas mieux ailleurs et on aurait tort de cracher dans la soupe - bien tiens, quand elle dégueu, je préfère jeûner. La Suisse devrait avoir peur d'elle-même, devrait avoir peur de ce vote. Ce peuple lettré, d'un certain niveau de vie - le plus élevé de la planète - se laisse si facilement embrouiller par un parti d'opportunistes, de provocateurs réactionnaires, d'hypocrites ? Ce vote est anti-Suisse, ce vote est anti-pluriculturel, anti-neutralité, et anti-chrétien au possible (bordel on les a déjà repoussés à Poitiers, inutile de remettre ça ! ). L'UDC est anti-Suisse et c'est probablement le plus grand ennemi du bon sens. Comment est-ce possible, bon Dieu, que tout un peuple se soit ainsi laissé faire, ainsi laissé insulter par les raccourcis faciles d'un parti prêt à tout. Le peuple Suisse est-il donc aussi influençable, n'a-t-il donc aucune capacité à élever le débat, à se rendre compte de la fausseté des arguments avancés par l'UDC? Ou alors, le Suisse est-il vraiment un raciste, un xénophobe, un peureux, un réactionnaire ? C'est inquiétant. Mais on se demande aussi pour quelles raisons la Suisse en est arrivée là. Qu'est-ce qui a bien pu gangrener tout un peuple? De quoi les Suisses ont-ils réellement peur, de qui? A quoi sont-ils donc tant attachés? Pourquoi se sentent-ils obligés de se battre contre l'Islam? Pourquoi? Les musulmans, comme les femmes 30 ans plus tôt, comme les homosexuels 15 ans plus tôt, se battent pour avoir le droit d'exister. Et pourquoi pas?
Suisse, prend garde. Tu as tout l'air de vouloir te trouver un coupable pour oublier ta culpabilité. Oui, tu vends des armes à l'étranger - car mieux vaut des morts ailleurs que des chômeurs ici - alors que tu prônes la paix, oui, tu planques l'argent des autres, oui, tu vends Polanski, oui, Suisse, tu as aussi les mains sales, comme tout le monde. Aies l'intelligence que d'autres n'ont pas eue, aies l'intelligence de comprendre que le mal ne vient pas de la nouveauté, du bazané, du barbu, de l'homosexuel, du croyant, et, par pitié, plutôt que de l'envoyer tout droit aux portes de ton petit pays, aies l'intelligence d'apprendre de lui.
Helvète, souviens-toi que tu étais païen avant d'être chrétien. Souviens-toi que tu étais catholique avant d'être protestant, que tu étais paysan avant d'être banquier, que tu étais pauvre avant d'être riche. Souviens-toi que les valeurs ne sont jamais figées. Un valeur figée est une valeur morte et dangereuse. On ne perd ni son âme, ni son intégrité à être tolérant.
La Suisse, encore une foi, prouve que malgré tout, malgré ce qu'elle sait, continue à avoir cette prétention monstrueuse à croire qu'ici, c'est mieux qu'ailleurs. Que les autres, ils sont pires. Et elle répond à la connerie par la connerie. Peut-on seulement en être fier? Peut-on seulement le tolérer? La peur est mauvaise conseillère, c'est une évidence. Mais l'arrogance également, l'immobilisme tout autant. Et la guerre, elle se fait en nous, contre nous-mêmes. Pas contre ceux qui ne nous ressemblent pas. C'est affligeant qu'un pays aussi "développé" ne l'ai pas compris. C'est impressionnant que nous soyons capables d'une telle mauvaise foi, d'une telle absence de compassion, d'amour pour l'autre. Que l'on soit si sûrs de nos valeurs. Et surtout, que nous n'ayons pas encore percuté que le fait d'assumer ses valeurs ne passe pas par le déni des autres ! La négation de l'autre n'a jamais apporté qu'une illusion d'affirmation de soi. Et en quoi la présence de quatre minarets fait de la Suisse une terre moins chrétienne? Ce n'est pas l'islam qui déchristianise la Suisse, c'est le christianisme qui s'essouffle. Si l'on doit absolument chercher un coupable au mouvement général, on pourra aller lorgner du côté de l'appât du gain.
Nos valeurs, c'est le fric, c'est le matérialisme, c'est la femme-objet, c'est le pouvoir, c'est la peur (entre autres). Vaut-on réellement mieux que les autres ?
Vous avez voté avec vos tripes, ça nous prouve au moins que vous en avez. Mais ayez l'intelligence de les placer ailleurs. De ne pas confondre arguments rationnels - politique - et émotivité - domaine privé. Ayez l'humilité d'accepter l'autorité de ceux qui savent de quoi ils parlent. Un vote ne se décide pas avec des tripes. Un vote n'est pas un moyen de communication. L'exclusion n'est pas une solution - mais bordel, l'histoire ne vous a-t-elle rien appris?
En 33, le nazisme parlait de "problème juif", en 2009, l'UDC parle "d'islamisation rampante". Sera-t-on assez fous pour pousser l'analogie plus loin? Prions Dieu - n'importe lequel - que nous n'en arriverons jamais à nouveau à une telle folie.
Sébastien Meyer
L'Insoumis, théoriquement, non plus. Sauf que...
Sauf que la Suisse vient, par un vote honteux, de bafouer les droits élémentaires de tout individu vivant sur son sol. La tyrannie de l'opinion, vote des tripes, expression de la peur de l'Islam, droit des femmes, etc. On entend de tout.
Rien, cependant, ne peut excuser ce vote de la confusion. Un vote de manipulation, dont la campagne a été rondement menée par des partis populistes qui jouent sur les peurs et l'ignorance d'un peuple égratigné par la pression internationale sur ce qui a fait sa richesse fragile, le secret bancaire, et par une crise financière qui nous touche à ce que nous avons de plus cher, notre porte-monnaie. C'est inacceptable.
Et qu'on ne s'y trompe pas, ce oui est un Non, un non dirigé contre une minorité, et aucune mauvaise foi ne pourra contredire cela. Cette manigance, cette inversion des termes ne devait pas nous induire en erreur. En votant oui, on a dit non, on a refusé la Suisse de demain, privilégiant celle d'hier. Merci papys!
Premièrement, à tous ceux qui ont voté oui à cette initiative pour des raisons architecturales : grossière erreur. Et incroyable mécompréhension des véritables enjeux de la question, et des véritables conséquences. En effet, la Suisse dispose de suffisamment de moyen d'opposition pour qu'on ne se sente pas obligé d'inscrire dans une constitution laïque l'interdiction de construire un symbole religieux (notez le paradoxe). Sauf que faire opposition à un projet donné, c'est plus difficile et surtout, moins anonyme qu'une urne remplie par correspondance. Confusion.
Ensuite, les femmes qui ont voté contre la Burka. Il est impressionnant que personne ne se soit rendu compte qu'aucune femme musulmane ne porte de Minaret sur la tronche. On assiste bien à deux débats différents (fallait-il réellement l'expliquer, ça?). Et puis, on se permettra de rappeler que l'égalité n'est pas encore atteinte entre les hommes et les femmes, dans nos pays civilisés. Re-confusion.
Nous sommes sur une terre chrétienne. Ben tiens. Elle a bon dos, la terre chrétienne. Trois pelés, deux tondus à l'église le dimanche, des révolutions sexuelles, plus de confessionnal et on tente de s'émanciper de ce foutu péché originel qui nous coûte une fortune en psychanalyse. Et puis la terre est peut-être chrétienne, mais l'Etat est laïque, et Dieu Merci ! Re-re-confusion.
La peur du musulman. Bon. Pourquoi pas. Il est nouveau dans le coin. Il a une barbe, on le connaît pas bien. Bon. Mais, est-ce utile de rappeler qu'un vote n'est pas un mode de communication? On n'exprime rien avec un vote. On décide, on condamne ou on affirme. C'est définitif et les conséquences sont lourdes. Ceux qui voulaient exprimer quelque chose à un musulman auraient pu s'y prendre d'une autre manière. Confusion encore, et lâcheté, parce que l'anonymat du bulletin de vote, c'est tout de même plus confortable.
Mais finalement, et on passera sur l'amalgame honteux fait entre musulman et extrémiste, je me demande si ce qui fait peur aux Suisses, ce n'est pas cette foi qui débarque. Oui, une foi. Et nous, on a perdu la nôtre depuis longtemps. Nous on meurt à cause de notre monde - quel taux de suicide dans ce beau pays! - chez eux, il y en a qui meurent pour leur monde. On voit ça comme on veut, mais le fait que la Suisse ait besoin de se dire soudainement chrétienne est bien la preuve que rien n'est plus fort qu'une religion qu'une autre religion. Ce dont on a peur, c'est de ce mode de vie, de cette rigueur toute musulmane, c'est de cette croyance qui nous a échappé depuis un moment. Depuis que nous nous sommes enfermés dans un confort qu'on refuse depuis de quitter.
Et certains de se vanter d'avoir voté contre les musulmans (et cessez de prétendre que ce n'est pas contre eux, cette tentative de sauver les meubles face aux droits de l'homme qui sont bel et bien bafoués est lamentable). Comme si la Suisse en avait marre d'être politiquement correcte, d'être accueillante. Jetzt Fertig! Suffit ! De tous ces vilains étrangers qui viennent nous voler notre pain ! Nos enfants ! Nos retraites! Nos emplois ! La Suisse est bouffée par la peur. Et elle a raison. Mais ce ne sont pas les musulmans, le danger. C'est elle-même. Qui se retranche, qui se bloque, qui se ferme. Toujours plus isolée, toujours plus seule, toujours plus égoïste. Oh, ce n'est pas mieux ailleurs et on aurait tort de cracher dans la soupe - bien tiens, quand elle dégueu, je préfère jeûner. La Suisse devrait avoir peur d'elle-même, devrait avoir peur de ce vote. Ce peuple lettré, d'un certain niveau de vie - le plus élevé de la planète - se laisse si facilement embrouiller par un parti d'opportunistes, de provocateurs réactionnaires, d'hypocrites ? Ce vote est anti-Suisse, ce vote est anti-pluriculturel, anti-neutralité, et anti-chrétien au possible (bordel on les a déjà repoussés à Poitiers, inutile de remettre ça ! ). L'UDC est anti-Suisse et c'est probablement le plus grand ennemi du bon sens. Comment est-ce possible, bon Dieu, que tout un peuple se soit ainsi laissé faire, ainsi laissé insulter par les raccourcis faciles d'un parti prêt à tout. Le peuple Suisse est-il donc aussi influençable, n'a-t-il donc aucune capacité à élever le débat, à se rendre compte de la fausseté des arguments avancés par l'UDC? Ou alors, le Suisse est-il vraiment un raciste, un xénophobe, un peureux, un réactionnaire ? C'est inquiétant. Mais on se demande aussi pour quelles raisons la Suisse en est arrivée là. Qu'est-ce qui a bien pu gangrener tout un peuple? De quoi les Suisses ont-ils réellement peur, de qui? A quoi sont-ils donc tant attachés? Pourquoi se sentent-ils obligés de se battre contre l'Islam? Pourquoi? Les musulmans, comme les femmes 30 ans plus tôt, comme les homosexuels 15 ans plus tôt, se battent pour avoir le droit d'exister. Et pourquoi pas?
Suisse, prend garde. Tu as tout l'air de vouloir te trouver un coupable pour oublier ta culpabilité. Oui, tu vends des armes à l'étranger - car mieux vaut des morts ailleurs que des chômeurs ici - alors que tu prônes la paix, oui, tu planques l'argent des autres, oui, tu vends Polanski, oui, Suisse, tu as aussi les mains sales, comme tout le monde. Aies l'intelligence que d'autres n'ont pas eue, aies l'intelligence de comprendre que le mal ne vient pas de la nouveauté, du bazané, du barbu, de l'homosexuel, du croyant, et, par pitié, plutôt que de l'envoyer tout droit aux portes de ton petit pays, aies l'intelligence d'apprendre de lui.
Helvète, souviens-toi que tu étais païen avant d'être chrétien. Souviens-toi que tu étais catholique avant d'être protestant, que tu étais paysan avant d'être banquier, que tu étais pauvre avant d'être riche. Souviens-toi que les valeurs ne sont jamais figées. Un valeur figée est une valeur morte et dangereuse. On ne perd ni son âme, ni son intégrité à être tolérant.
La Suisse, encore une foi, prouve que malgré tout, malgré ce qu'elle sait, continue à avoir cette prétention monstrueuse à croire qu'ici, c'est mieux qu'ailleurs. Que les autres, ils sont pires. Et elle répond à la connerie par la connerie. Peut-on seulement en être fier? Peut-on seulement le tolérer? La peur est mauvaise conseillère, c'est une évidence. Mais l'arrogance également, l'immobilisme tout autant. Et la guerre, elle se fait en nous, contre nous-mêmes. Pas contre ceux qui ne nous ressemblent pas. C'est affligeant qu'un pays aussi "développé" ne l'ai pas compris. C'est impressionnant que nous soyons capables d'une telle mauvaise foi, d'une telle absence de compassion, d'amour pour l'autre. Que l'on soit si sûrs de nos valeurs. Et surtout, que nous n'ayons pas encore percuté que le fait d'assumer ses valeurs ne passe pas par le déni des autres ! La négation de l'autre n'a jamais apporté qu'une illusion d'affirmation de soi. Et en quoi la présence de quatre minarets fait de la Suisse une terre moins chrétienne? Ce n'est pas l'islam qui déchristianise la Suisse, c'est le christianisme qui s'essouffle. Si l'on doit absolument chercher un coupable au mouvement général, on pourra aller lorgner du côté de l'appât du gain.
Nos valeurs, c'est le fric, c'est le matérialisme, c'est la femme-objet, c'est le pouvoir, c'est la peur (entre autres). Vaut-on réellement mieux que les autres ?
Vous avez voté avec vos tripes, ça nous prouve au moins que vous en avez. Mais ayez l'intelligence de les placer ailleurs. De ne pas confondre arguments rationnels - politique - et émotivité - domaine privé. Ayez l'humilité d'accepter l'autorité de ceux qui savent de quoi ils parlent. Un vote ne se décide pas avec des tripes. Un vote n'est pas un moyen de communication. L'exclusion n'est pas une solution - mais bordel, l'histoire ne vous a-t-elle rien appris?
En 33, le nazisme parlait de "problème juif", en 2009, l'UDC parle "d'islamisation rampante". Sera-t-on assez fous pour pousser l'analogie plus loin? Prions Dieu - n'importe lequel - que nous n'en arriverons jamais à nouveau à une telle folie.
Sébastien Meyer
Novembre 2009
Rentabilité
J'assiste dernièrement à un débat qui oppose, dans une ambiance de cultureux, un quelconque politicien à une tout aussi quelconque cultureuse. Argument pro-culture : crise = stagnation, voire déflation. Dans ce cas, rien de mieux que d'investir (un argent qu'on n'a pas) dans la culture, la recherche, la création - toutes ces disciplines qui, en général, ont pour mission d'avancer. Personne ne voulant rester en crise, il est normal qu'on fasse tout pour bouger, pour vibrer à nouveau. Et quoi de mieux que la nouveauté, qu'une réflexion, qu'une remise en question (et surtout pas un divertissement ! Cessons de fuir ! ) pour penser un lendemain meilleur où des encravattés blasés arrêterons de faire joujou avec un argent virtuel qui met au chômage réel plein de monde. Contre argument du politicien qui a foi en ce qu'il avance, ça se sent et ça s'entend : La culture (notez le mot fourre-tout), ça rapporte pas. Oooh. Ben dis donc. Le jeune monsieur de 23 ans, fraîchement sorti d'un école de marketing-finance-gestion-enrichissement-personnel, a bien fait de venir. Mais bordel de merde, a-t-on envie de dire : ne pourrait-on pas cesser de calculer l'intérêt d'une existence à sa rentabilité? L'art ne rapporte pas - directement, dans l'immédiat - on vous l'accorderait presque. Mais si les domaines médicaux ne remplissaient pas les fouilles de quelques entreprises pharmaceutiques, cesserait-on de soigner les gens? N'engage-t-on une action QUE dans une perspective de rentabilité?
J'assiste dernièrement à un débat qui oppose, dans une ambiance de cultureux, un quelconque politicien à une tout aussi quelconque cultureuse. Argument pro-culture : crise = stagnation, voire déflation. Dans ce cas, rien de mieux que d'investir (un argent qu'on n'a pas) dans la culture, la recherche, la création - toutes ces disciplines qui, en général, ont pour mission d'avancer. Personne ne voulant rester en crise, il est normal qu'on fasse tout pour bouger, pour vibrer à nouveau. Et quoi de mieux que la nouveauté, qu'une réflexion, qu'une remise en question (et surtout pas un divertissement ! Cessons de fuir ! ) pour penser un lendemain meilleur où des encravattés blasés arrêterons de faire joujou avec un argent virtuel qui met au chômage réel plein de monde. Contre argument du politicien qui a foi en ce qu'il avance, ça se sent et ça s'entend : La culture (notez le mot fourre-tout), ça rapporte pas. Oooh. Ben dis donc. Le jeune monsieur de 23 ans, fraîchement sorti d'un école de marketing-finance-gestion-enrichissement-personnel, a bien fait de venir. Mais bordel de merde, a-t-on envie de dire : ne pourrait-on pas cesser de calculer l'intérêt d'une existence à sa rentabilité? L'art ne rapporte pas - directement, dans l'immédiat - on vous l'accorderait presque. Mais si les domaines médicaux ne remplissaient pas les fouilles de quelques entreprises pharmaceutiques, cesserait-on de soigner les gens? N'engage-t-on une action QUE dans une perspective de rentabilité?
mercredi 11 novembre 2009
Paulette !
Retrouvez les éditions Paulette dans le Hall du Théâtre de Vidy Lausanne
le 21 novembre 2009, dès 17h30.
Pour le vernissage de Chroniques d'outre-scène. Textes de Jeanne Perrin et photographies de Mercedes Riedy.
En espérant vous voir nombreux,
Paulette !
le 21 novembre 2009, dès 17h30.
Pour le vernissage de Chroniques d'outre-scène. Textes de Jeanne Perrin et photographies de Mercedes Riedy.
En espérant vous voir nombreux,
Paulette !
Octobre 2009
Victime?
Victimisation, acte 1 : Les Américains nous persécutent.
Victimisation, acte 2 : Les Allemands et les Français aussi.
Victimisation, acte 3 : La Libye est rancunière.
Pauvres petits Suisses! Voici une rentrée de septembre bien chargée pour cette nation blanche et innocente. M'enfin! Est-il seulement possible d'imaginer être entouré de si méchants voisins? Oh, bien sûr, le fait qu'on planque les milliards d'euros - au moins - dont les différents fiscs auraient besoin (après tout, c'est pas nous qu'on a signé un plan de relance qui pellte les milliards - nous on se contentera de profiter de la reprise), c'est pas de la malhonnêteté. NOoooooon! Bien entendu, que notre petite UBS nationale ait passé son temps à brasser des illégalités avec sa filiale américaine, c'est pas notre faute, C'est trop injuste! Et puis y en a des qui font bien pire, d'abord! Ben ouais, y en a qui font pire, et alors? Depuis quand est-ce que faire un crime à demi nous rend innocent? Seulement moitié moins coupable...Et puis, il faudrait encore prouver que notre crime n'est qu'une moitié. Nous qui planquons l'argent des autres, on joue maintenant les surpris quand ils viennent foutre leur nez dans nos affaires. Mais sincèrement, on s'attendait à quoi? Et puis on rétorque que notre souveraineté, que notre état de droit, que notre secret bancaire, etc...Ben tiens.
Mais quand est-ce que la Suisse admettra enfin qu'elle aussi, elle engendre des malhonnêtes, qu'elle aussi, peut être incorrecte, injuste et inconséquente? Notre pays fonctionne bien et Dieu merci. mais ce serait d'une naïveté qui confine à la connerie que d'oser prétendre que chez nous, tout est beau, blanc et juste. Et ce ne sont pas les avalanches de lois qui vont y changer quelque chose.
En période de crise post-séisme financier, la Suisse reste une fois de plus campée sur ses positions - défensives et trop assurées de la méchanceté des nations qui osent, doux Jésus, porter des accusations sur notre place financière -, Suisse encore trop coincée dans sa trop haute opinion d'elle-même. C'est agaçant.
Victimisation, acte 1 : Les Américains nous persécutent.
Victimisation, acte 2 : Les Allemands et les Français aussi.
Victimisation, acte 3 : La Libye est rancunière.
Pauvres petits Suisses! Voici une rentrée de septembre bien chargée pour cette nation blanche et innocente. M'enfin! Est-il seulement possible d'imaginer être entouré de si méchants voisins? Oh, bien sûr, le fait qu'on planque les milliards d'euros - au moins - dont les différents fiscs auraient besoin (après tout, c'est pas nous qu'on a signé un plan de relance qui pellte les milliards - nous on se contentera de profiter de la reprise), c'est pas de la malhonnêteté. NOoooooon! Bien entendu, que notre petite UBS nationale ait passé son temps à brasser des illégalités avec sa filiale américaine, c'est pas notre faute, C'est trop injuste! Et puis y en a des qui font bien pire, d'abord! Ben ouais, y en a qui font pire, et alors? Depuis quand est-ce que faire un crime à demi nous rend innocent? Seulement moitié moins coupable...Et puis, il faudrait encore prouver que notre crime n'est qu'une moitié. Nous qui planquons l'argent des autres, on joue maintenant les surpris quand ils viennent foutre leur nez dans nos affaires. Mais sincèrement, on s'attendait à quoi? Et puis on rétorque que notre souveraineté, que notre état de droit, que notre secret bancaire, etc...Ben tiens.
Mais quand est-ce que la Suisse admettra enfin qu'elle aussi, elle engendre des malhonnêtes, qu'elle aussi, peut être incorrecte, injuste et inconséquente? Notre pays fonctionne bien et Dieu merci. mais ce serait d'une naïveté qui confine à la connerie que d'oser prétendre que chez nous, tout est beau, blanc et juste. Et ce ne sont pas les avalanches de lois qui vont y changer quelque chose.
En période de crise post-séisme financier, la Suisse reste une fois de plus campée sur ses positions - défensives et trop assurées de la méchanceté des nations qui osent, doux Jésus, porter des accusations sur notre place financière -, Suisse encore trop coincée dans sa trop haute opinion d'elle-même. C'est agaçant.
mardi 6 octobre 2009
Lecture et rencontre
Retrouvez l'insoumis chez Payot Chantepoulet, à Genève, le 15 octobre 2009 dès 18h00.
Seront également présents tous les auteurs Paulette de la collection 2009 : Deborah Gobbi, Constant Bonard, Sophie Keller et Antonin Champion.
Venez nombreux!
Plus d'infos sur : www.editions-paulette.ch
Seront également présents tous les auteurs Paulette de la collection 2009 : Deborah Gobbi, Constant Bonard, Sophie Keller et Antonin Champion.
Venez nombreux!
Plus d'infos sur : www.editions-paulette.ch
samedi 26 septembre 2009
Septembre 2009
Ethique Morale
On m'en a raconté une belle, dernièrement. Une belle image de notre monde débarrassé, dans certaines sphères, de toute forme d'éthique. Tout se passe dans le train entre Zürich et Lausanne, en première classe. Deux hommes costard-cravatés s'assoient en face d'une amie et entament la conversation. Le sujet : les Chinois : "Ah! les Chinois, c'est des gens bien", maintient un des hommes, noué autour de sa cravate : "les chinois, c'est la même mentalité que nous". Ah, tiens? Mon amie, n'ayant jamais été en Chine, s'étonne de cette affirmation et ose un discret questionnement : "Leur mentalité est-elle réellement si proche de la nôtre?". Et l'autre de répliquer, sûr de son fait, de son analyse psycho-sociologique de l'empire du milieu, fier comme un cochon : "Parfaitement, les chinois ont les mêmes valeurs que nous : profit, profit profit."
Prise de nausée, elle prétend une envie pressante pour aller vomir ce qui lui restait de confiance en la race cravate dans les toilettes. Oui, il y a des gens pour qui valeur=profit. Des gens qui le clament, qui l'affirment. Des gens pour qui c'est LA vérité. Et ces gens-là sont irrécupérables, inéducables. Ils sont foutus, et nous avec.
On m'en a raconté une belle, dernièrement. Une belle image de notre monde débarrassé, dans certaines sphères, de toute forme d'éthique. Tout se passe dans le train entre Zürich et Lausanne, en première classe. Deux hommes costard-cravatés s'assoient en face d'une amie et entament la conversation. Le sujet : les Chinois : "Ah! les Chinois, c'est des gens bien", maintient un des hommes, noué autour de sa cravate : "les chinois, c'est la même mentalité que nous". Ah, tiens? Mon amie, n'ayant jamais été en Chine, s'étonne de cette affirmation et ose un discret questionnement : "Leur mentalité est-elle réellement si proche de la nôtre?". Et l'autre de répliquer, sûr de son fait, de son analyse psycho-sociologique de l'empire du milieu, fier comme un cochon : "Parfaitement, les chinois ont les mêmes valeurs que nous : profit, profit profit."
Prise de nausée, elle prétend une envie pressante pour aller vomir ce qui lui restait de confiance en la race cravate dans les toilettes. Oui, il y a des gens pour qui valeur=profit. Des gens qui le clament, qui l'affirment. Des gens pour qui c'est LA vérité. Et ces gens-là sont irrécupérables, inéducables. Ils sont foutus, et nous avec.
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